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Étude portant sur l’analyse de la problématique foncière
sous le
régime du dahir khalifien de 1914
et son impact sur le
développement urbain dans les provinces du nord
PROBLEMATIQUE
Le foncier en milieu urbain
qui constitue souvent un enjeu majeur de part sa rareté, peut également
devenir une contrainte d’aménagement et ce, en raison de la diversité et
de la complexité des régimes juridiques. Les problèmes fonciers
constituent ainsi, une entrave à tout développement urbain planifié,
sachant qu’une bonne maîtrise foncière facilite le développement des
villes et encourage l’investissement.
La problématique foncière au
niveau de ces provinces présente une certaine particularité. En effet, le
foncier dans les provinces du nord voit la cohabitation de trois régimes
juridiques en matière de propriété foncière : le droit musulman, le droit
foncier dit Khalifien et le droit reposant sur l’immatriculation et le
cadastre. Ainsi, plusieurs statuts fonciers se superposent à ces régimes
(propriété privée, propriété collective, propriété domaniale), d’où
résulte la difficulté de l’application des textes législatifs et
réglementaires régissant l’urbanisme.
La problématique foncière dans
les provinces du nord est rendue délicate et inextricable en raison des
difficultés d’ordre juridique liées au régime Khalifien. Ces difficultés
sont dues aux effets négatifs de l’application de ce régime et dont les
conséquences persistent malgré l’extension à ces provinces, depuis 1966 du
régime foncier général, celui du Dahir de 12 Août 1913. Le problème majeur
du système Khalifien réside dans le fait que l’immatriculation et les
inscriptions ultérieures ne produisent pas des effets aussi étendus et
décisifs pour la sauvegarde du droit de propriété. Le titre établi et le
plan cadastral n’ont pas un caractère définitif, ce dernier n’étant pas
précis et ne peut, au reste, être considéré comme un véritable cadastre
juridique.
L’immatriculation sous ce
régime n’annulait et ne purgeait pas tous les droits antérieurs non
inscrits, d’autant plus que le décret royal du 24 Octobre 1966 n’avait pas
complètement abrogé le dahir Khalifien, du fait que les inscriptions à
porter sur les titres déjà établis avaient continué à être régies, jusqu’à
l’établissement des titres fonciers par les anciens textes législatifs et
réglementaires. De très nombreuses contestations ont porté aussi bien, sur
les limites des terrains titrés en application du dahir Khalifien, que sur
le fondement du droit de propriété lui même. Par ailleurs, le décret royal
avait ouvert la porte à des contestations sur les forêts et les droits
d’eau. Cette situation a contribué l’augmentation du nombre de litiges,
d’autant plus que le texte de 1966, stipulant que les titres ayant moins
de 10 ans au 24 Octobre 1966 et n’ayant pas enregistré une inscription
subséquente à la même date, pouvait faire l’objet de contestation sur
l’existence de droit de propriété lui même et non seulement sur les
limites des terrains. Celles ci, n’ayant pas été définies avec précision,
ce qui a contribué à la prolifération des litiges.
L’intervention législative
de 1977 (Dahir de 19 Septembre 1977) consistant à abandonner la
distinction décennale relative aux titres Khalifiens, n’a pas pour autant
comprimé la tendance de la croissance exponentielle des litiges fonciers,
d’où l’application d’une autre réforme juridique induite par le dahir du 9
novembre 1992, reprenant l’ancienne distinction décennale et précisant la
signification de la limite de terrain contestable. Ce chevauchement de
textes a notamment, compliqué la situation foncière dans ces provinces.
L’application de ce régime
et les différentes tentatives de son redressement n’ont pas facilité
l’assainissement des dossiers d’immatriculation et a engendré un faible
taux d’immatriculation, ce qui confère à la problématique foncière dans
les provinces du nord un caractère d’incertitude et d’instabilité
chronique, au niveau de la purge juridique des terrains, leur
identification, leur individualisation et le caractère inattaquable du
droit de propriété. Ceci a des conséquences certaines sur l’application de
la législation en matière d’urbanisme, notamment, l’article 5 de la loi
25-90 relative aux lotissements, groupes d’habitations et morcellements .
Par conséquent,
l’urbanisation au niveau de ces provinces est assujettie à de nombreuses
contraintes foncières, essentiellement liées aux problèmes de la
mobilisation des terrains à des fins d’urbanisation sous ce régime, qui
semble en inadéquation avec la législation en matière d’urbanisme,
bloquant ainsi un ensemble d’opportunités d’investissements dans ces
provinces.
En s’interrogeant sur
l’impact du régime juridique Khalifien sur le développement urbain des
agglomérations et centres relevant des provinces du nord, la présente
étude constitue une initiative importante de ce Département d’analyse de
la problématique foncière au niveau de ces provinces ainsi que la
définition et la mise en place de solutions et d’approches nouvelles
susceptibles de dépasser les contraintes juridiques existantes. Ceci
permettra de stimuler la planification et la gestion urbaine dans ces
provinces et lever tous les obstacles fonciers liés à ce régime, afin
qu’il puisse aller dans un sens favorable au développement économique et
social .
OBJET DE L’ÉTUDE:
L’étude s’inscrit dans une
dynamique d’appui au développement et à la gestion urbaine dans les
préfectures et provinces du nord, elle a pour objet de :
- cerner la problématique
foncière au niveau de ces provinces quant aux obstacles, contraintes et
dysfonctionnements qu’elle présente ;
- faire un état des lieux sur
l’urbanisation dans ces provinces, en repérant l’ensemble des mécanismes
fonciers agissant sur la planification, l’aménagement et la gestion
urbaine ;
- étudier l’évolution
historico-juridique de l’application du régime du Dahir Khalifien de 1914,
en identifiant les articulations entre les dispositions de ce régime et
les règles énoncées par la législation en matière d’urbanisme ainsi que
les points de divergence et de blocage entre les deux ;
- analyser l’incidence et
l’impact de ce régime sur l’organisation et le développement urbain de
l’ensemble des villes et agglomérations relevant des provinces du nord ;
- proposer des
solutions et démarches concrètes susceptibles de :
·
contourner les
obstacles et les difficultés soulevées par ce régime (juridiques,
urbanistiques, foncières, techniques,…) ;
·
adapter cette
législation aux besoins de l’aménagement et de la planification urbaine ;
·
lever les
multiples contraintes qui pèsent sur l’offre et la mobilisation des
terrains ;
identifier les acteurs et les différents
intervenants qui peuvent contribuer à la mise en place de réformes
nécessaires à opérer et définir les modalités ainsi que les nouvelles
formes de mobilisation desdits terrains. |