Au cours des 20
dernières années, l’habitat insalubre s’est développé à un rythme plus
rapide que le logement formel, malgré les efforts soutenus du Gouvernement
pour résoudre ce problème. Dix-huit millions de personnes au Maroc vivent
dans les zones urbaines, nombre qui a continué à augmenter à raison
d’environ 2 % par an pendant la dernière décennie.
Ces constats sont
dégagés par la Banque Mondiale dans son dernier rapport sur l’analyse
d’impact social de l’habitat au Maroc du programme “Villes sans
bidonvilles”.
Un programme dont
l’objectif est de fournir un logement décent aux 212.000 ménages vivant dans
des bidonvilles urbains d’ici 2010.
Et la même source
d’ajouter, que c’est en 2004 que le gouvernement marocain a entamé un
programme intégré de réforme dans le but de résoudre à la fois les problèmes
de l’offre et de la demande du secteur de l’habitat. La nouvelle stratégie,
poursuit la BM, se fonde sur la volonté de laisser le secteur privé jouer le
rôle de chef de file dans l’offre de l’habitat, d’améliorer l’environnement
institutionnel et réglementaire du secteur de l’habitat, et d’accroître
l’accessibilité à l’habitat pour les ménages à faibles revenus au moyen
d’interventions mieux ciblées et induites par le marché. L’objectif est de
produire 100.000 logements sociaux et parcelles viabilisées par an.
Plusieurs contraintes
empêchant ce programme de réussir sont, en fait, identifiées par la BM. La
première est que même si les différents acteurs clés appuient ce programme,
des défis systémiques existent et pourraient ralentir son exécution. Pis,
une collaboration inadéquate et l’incohérence qui en résulte au sein des
organes nationaux, régionaux et des collectivités locales posent une menace
pour la réalisation des objectifs du programme.
L’urgence de
l’achèvement du programme VSB semble exacerber le niveau insuffisant de
coordination institutionnelle ainsi que l’attention des acteurs, qui est
axée sur les aspects techniques plutôt que sur l’accompagnement social et la
participation dont le besoin se fait tellement ressentir. Des incitations
insuffisantes sont actuellement en place pour déclencher la participation
active des habitants des bidonvilles, l’intervention des banques et des
institutions de micro- finance pour fournir le crédit, et motiver les
promoteurs à s’engager dans la construction de logements.
L’étude en question
révèle aussi la grande hétérogénéité de la population ciblée, qui s’installe
dans les bidonvilles sur des trajectoires descendantes ou ascendantes, liées
à la migration des zones rurales, aux mouvements à l’intérieur de la ville,
au déplacement en provenance d’autres bidonvilles ou à la recherche d’un
logement plus abordable. Leur revenu varie d’un niveau de misère pour
environ 15 à 30 % des résidents, à un niveau à peine suffisant pour un autre
tiers, et à un niveau suffisant pour le reste. Leur attitude vis-à-vis du
crédit est caractérisée par la méfiance générale envers les banques et les
transactions financières formelles.
Un autre point
inquiétant est que un tiers de ménages des bidonvilles ne sont pas en mesure
de se permettre une contribution financière, alors qu’un autre tiers serait
en mesure de se permettre l’achat d’un appartement.
Pour la BM, la
résorption entraîne souvent des pertes économiques telles que le coût ajouté
des services, la perte du revenu et les coûts du transport en raison de
l’éloignement de certains sites de réinstallation, et ces éléments
contraignent ultérieurement les budgets déjà très serrés des résidents. Les
prêts hypothécaires garantis devraient normalement accroître l’accessibilité
aux solutions de résorption, car ils rendraient possible la participation
financière des ménages des bidonvilles pour tous, sauf pour ceux qui sont
dans la misère. Ce qui n’était pas le cas cependant en 2005. A fin de cette
année, selon toujours la BM, le Fonds de garantie n’a appuyé que 2.900
prêts, dont à-peu-près 600 seulement ont été destinés aux bénéficiaires du
programme VSB.
Les banques
commerciales ont été réticentes à s’aventurer dans un marché qui leur est
inconnu et dans lequel les coûts des transactions et les risques politiques
sont élevés. Le gouvernement a préparé un programme de formation au crédit
qui devrait être utile, sauf qu’il ne l’a pas encore mis en oeuvre. Les
dispositifs d’épargne logement n’ont pas encore été créés, en attendant la
définition de l’incitation financière qui encouragerait les chefs des
ménages à épargner en vue de la future acquisition d’un logement.
Pour résumer, selon
toujours la BM, il semble que l’appui national global au programme est
atténué par une certaine résistance locale à ses objectifs et ses modalités
déclarées et que certaines parties prenantes importantes, telles que les
habitants des bidonvilles eux-mêmes, les promoteurs privés et les
institutions financières responsables des mécanismes de crédit, ne se sont
pas engagés réellement dans la poursuite des objectifs du programme.
L’étude souligne le
besoin de compléter les opérations de résorption, qui se limitent
actuellement aux améliorations au logement, par la mise en place d’un
meilleur accès aux services municipaux et communautaires, aux dispositifs de
protection sociale et de filet de protection et aux activités génératrices
de revenu. Ceci serait d’un grand recours à la réalisation des objectifs
d’allégement de la pauvreté du programme, et l’Initiative nationale de
développement humain (INDH) récemment lancée pourrait représenter cette
opportunité.
Les recommandations
L’analyse d’impact
sociale et sur la pauvreté du programme VSB se termine par les
recommandations suivantes :
1. Une approche plus
flexible de l’offre des solutions d’habitat pour les ménages individuels des
bidonvilles devrait être développée et appliquée.
2. Les besoins du
segment le plus vulnérable de la population des bidonvilles qui ne peut se
permettre aucun type de participation financière devraient être traités dès
le stade de la planification des opérations.
3. L’accompagnement
social et la participation devraient être rapidement intensifiés aux niveaux
central et local et devenir partie intégrante des opérations de résorption.
4. En partenariat avec
l’INDH, il faudrait répondre aux besoins d’accès aux services municipaux et
communautaires et aux activités génératrices de revenus des ménages des
bidonvilles.
5. Il faudrait réviser
la structure financière du programme, qui compte actuellement sur une
participation des bénéficiaires de l’ordre de 70 pour cent.
6. Il faudrait
intensifier rapidement l’accès au crédit hypothécaire pour améliorer
l’accessibilité des solutions de résorption et la participation financière
des bénéficiaires.
7. Le ministère chargé
de l’Habitat et de l’Urbanisme devrait investir des ressources plus
importantes dans la gestion du programme VSB, tant au niveau central que
local, afin de maximiser ses chances de réussite.
8. Le calendrier du
programme devrait être révisé pour s’aligner sur des projections de
réalisation plus réaliste et éviter les incitations potentiellement
perverses du calendrier actuel.
A noter que cette
analyse d’impact social et sur la pauvreté du programme « Villes sans
bidonvilles ? est le résultat d’une collaboration étroite entre les équipes
du Ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme et de la Banque mondiale,
accompagnées par des professionnels marocains actifs dans le domaine de la
recherche sociale.