Programme “Villes sans bidonvilles”: Ce qu’en pense la Banque Mondiale

 

09.08.2006


En 2003, 900.000 ménages marocains, soit quelque 5 millions de personnes et un tiers de la population urbaine vivaient dans un logement précaire, dont 212.000 ménages en milieu urbain.

Au cours des 20 dernières années, l’habitat insalubre s’est développé à un rythme plus rapide que le logement formel, malgré les efforts soutenus du Gouvernement pour résoudre ce problème. Dix-huit millions de personnes au Maroc vivent dans les zones urbaines, nombre qui a continué à augmenter à raison d’environ 2 % par an pendant la dernière décennie.

Ces constats sont dégagés par la Banque Mondiale dans son dernier rapport sur l’analyse d’impact social de l’habitat au Maroc du programme “Villes sans bidonvilles”.

Un programme dont l’objectif est de fournir un logement décent aux 212.000 ménages vivant dans des bidonvilles urbains d’ici 2010.

Et la même source d’ajouter, que c’est en 2004 que le gouvernement marocain a entamé un programme intégré de réforme dans le but de résoudre à la fois les problèmes de l’offre et de la demande du secteur de l’habitat. La nouvelle stratégie, poursuit la BM, se fonde sur la volonté de laisser le secteur privé jouer le rôle de chef de file dans l’offre de l’habitat, d’améliorer l’environnement institutionnel et réglementaire du secteur de l’habitat, et d’accroître l’accessibilité à l’habitat pour les ménages à faibles revenus au moyen d’interventions mieux ciblées et induites par le marché. L’objectif est de produire 100.000 logements sociaux et parcelles viabilisées par an.

Plusieurs contraintes empêchant ce programme de réussir sont, en fait, identifiées par la BM. La première est que même si les différents acteurs clés appuient ce programme, des défis systémiques existent et pourraient ralentir son exécution. Pis, une collaboration inadéquate et l’incohérence qui en résulte au sein des organes nationaux, régionaux et des collectivités locales posent une menace pour la réalisation des objectifs du programme.

L’urgence de l’achèvement du programme VSB semble exacerber le niveau insuffisant de coordination institutionnelle ainsi que l’attention des acteurs, qui est axée sur les aspects techniques plutôt que sur l’accompagnement social et la participation dont le besoin se fait tellement ressentir. Des incitations insuffisantes sont actuellement en place pour déclencher la participation active des habitants des bidonvilles, l’intervention des banques et des institutions de micro- finance pour fournir le crédit, et motiver les promoteurs à s’engager dans la construction de logements.

L’étude en question révèle aussi la grande hétérogénéité de la population ciblée, qui s’installe dans les bidonvilles sur des trajectoires descendantes ou ascendantes, liées à la migration des zones rurales, aux mouvements à l’intérieur de la ville, au déplacement en provenance d’autres bidonvilles ou à la recherche d’un logement plus abordable. Leur revenu varie d’un niveau de misère pour environ 15 à 30 % des résidents, à un niveau à peine suffisant pour un autre tiers, et à un niveau suffisant pour le reste. Leur attitude vis-à-vis du crédit est caractérisée par la méfiance générale envers les banques et les transactions financières formelles.

Un autre point inquiétant est que un tiers de ménages des bidonvilles ne sont pas en mesure de se permettre une contribution financière, alors qu’un autre tiers serait en mesure de se permettre l’achat d’un appartement.

Pour la BM, la résorption entraîne souvent des pertes économiques telles que le coût ajouté des services, la perte du revenu et les coûts du transport en raison de l’éloignement de certains sites de réinstallation, et ces éléments contraignent ultérieurement les budgets déjà très serrés des résidents. Les prêts hypothécaires garantis devraient normalement accroître l’accessibilité aux solutions de résorption, car ils rendraient possible la participation financière des ménages des bidonvilles pour tous, sauf pour ceux qui sont dans la misère. Ce qui n’était pas le cas cependant en 2005. A fin de cette année, selon toujours la BM, le Fonds de garantie n’a appuyé que 2.900 prêts, dont à-peu-près 600 seulement ont été destinés aux bénéficiaires du programme VSB.

Les banques commerciales ont été réticentes à s’aventurer dans un marché qui leur est inconnu et dans lequel les coûts des transactions et les risques politiques sont élevés. Le gouvernement a préparé un programme de formation au crédit qui devrait être utile, sauf qu’il ne l’a pas encore mis en oeuvre. Les dispositifs d’épargne logement n’ont pas encore été créés, en attendant la définition de l’incitation financière qui encouragerait les chefs des ménages à épargner en vue de la future acquisition d’un logement.

Pour résumer, selon toujours la BM, il semble que l’appui national global au programme est atténué par une certaine résistance locale à ses objectifs et ses modalités déclarées et que certaines parties prenantes importantes, telles que les habitants des bidonvilles eux-mêmes, les promoteurs privés et les institutions financières responsables des mécanismes de crédit, ne se sont pas engagés réellement dans la poursuite des objectifs du programme.

L’étude souligne le besoin de compléter les opérations de résorption, qui se limitent actuellement aux améliorations au logement, par la mise en place d’un meilleur accès aux services municipaux et communautaires, aux dispositifs de protection sociale et de filet de protection et aux activités génératrices de revenu. Ceci serait d’un grand recours à la réalisation des objectifs d’allégement de la pauvreté du programme, et l’Initiative nationale de développement humain (INDH) récemment lancée pourrait représenter cette opportunité.

Les recommandations

L’analyse d’impact sociale et sur la pauvreté du programme VSB se termine par les recommandations suivantes :

1. Une approche plus flexible de l’offre des solutions d’habitat pour les ménages individuels des bidonvilles devrait être développée et appliquée.

2. Les besoins du segment le plus vulnérable de la population des bidonvilles qui ne peut se permettre aucun type de participation financière devraient être traités dès le stade de la planification des opérations.

3. L’accompagnement social et la participation devraient être rapidement intensifiés aux niveaux central et local et devenir partie intégrante des opérations de résorption.

4. En partenariat avec l’INDH, il faudrait répondre aux besoins d’accès aux services municipaux et communautaires et aux activités génératrices de revenus des ménages des bidonvilles.

5. Il faudrait réviser la structure financière du programme, qui compte actuellement sur une participation des bénéficiaires de l’ordre de 70 pour cent.

6. Il faudrait intensifier rapidement l’accès au crédit hypothécaire pour améliorer l’accessibilité des solutions de résorption et la participation financière des bénéficiaires.

7. Le ministère chargé de l’Habitat et de l’Urbanisme devrait investir des ressources plus importantes dans la gestion du programme VSB, tant au niveau central que local, afin de maximiser ses chances de réussite.

8. Le calendrier du programme devrait être révisé pour s’aligner sur des projections de réalisation plus réaliste et éviter les incitations potentiellement perverses du calendrier actuel.

A noter que cette analyse d’impact social et sur la pauvreté du programme « Villes sans bidonvilles ? est le résultat d’une collaboration étroite entre les équipes du Ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme et de la Banque mondiale, accompagnées par des professionnels marocains actifs dans le domaine de la recherche sociale.