M. Hjira a donné des
précisions sur le nouveau Code de l’urbanisme, élaboré par son département,
qu’il a qualifié de l’un des « plus grands chantiers de réforme » engagé
aujourd’hui par le Maroc. Il a rappelé que ce chantier a été ouvert à la
suite du Message Royal adressé à l’occasion de la Rencontre nationale de
lancement du Code de l’urbanisme, organisée le 3 octobre 2005 à Rabat.
Le message Royal
constitue une référence et un programme de travail qui a orienté les phases
préparatoires du Code durant une année et demie.
Cette journée était
consacrée à la présentation du bilan de cette période et les points
essentiels des grands traits du nouveau Code.
M. Hjira a souligné,
en guise d’introduction, l’importance, dans toutes les démocraties de par le
monde, et dans les pays qui ont une tradition de maîtrise des lois, du droit
de l’urbanisme. Au Maroc, les origines des lois sur l’urbanisme remontent à
1914. Depuis cette époque, remontant à un siècle, ces lois ont été, à
plusieurs reprises, actualisées, mais l’arsenal juridique qu’elles
constituent a atteint ses limites. Il était nécessaire, dès lors, que le
nouveau code de l’urbanisme fusse élaboré sur la base d’une analyse
objective et sincère de la situation, marquée par des contradictions,
l’obsolescence des textes, la multiplicité des référentiels et des
intervenants, la lenteur et la complexité des procédures d’approbation -
entre 5 et 7 ans pour approuver un plan d’aménagement. Il en allait de même
pour la délivrance de l’autorisation de construire, dont nous avons pu
ramener les délais, à travers le guichet unique, à quelque 15 jours.
Nous nous trouvons
donc dans une situation marquée par des anomalies et l’absence des documents
d’urbanisme, dans des domaines stratégiques.
Notre pays, qui
s’enorgueillit de son patrimoine historique ne dispose pas d’un seul
document d’urbanisme relatif à la réhabilitation des médinas tissus anciens,
l’absence de qualité... M. Hjira a évoqué les paroles de Feu Sa Majesté
Hassan II qui, en 1986, avait déclaré que le Maroc « produisait la
laideur ». Une telle situation continue de prévaloir, avec une moindre
acuité.
La question de la
qualité de production est toujours posée.
Le ministre a
également fait état de l’absence d’application des lois, dans plusieurs
secteurs de l’urbanisme, en particulier dans le monde rural, et ce, après 50
années d’indépendance, la prolifération des pratiques malsaines, immorales
et inacceptables, dans un Maroc qui connaît une dynamique dans le domaine de
l’urbanisme.
Le ministre a, de
même, stigmatisé la corruption, les calculs politiciens et électoralistes et
l’utilisation de l’urbanisme à ces fins à la faveur de l’absence et de la
contradiction des textes et des référentiels dans le secteur de l’urbanisme.
Un tiers des habitants
des villes marocaines vit, aujourd’hui, dans des conditions d’habitent
indécentes, en plus de celles des populations des périmètres urbains qui
vivent dans des situations marquées par des dysfonctionnements que l’on ne
peut, aujourd’hui, accepter, et ce, en raison des limites, constatées, des
textes de lois régissant l’urbanisme au Maroc.
Le nouveau code de
l’urbanisme est un moment fort dans l’édification du Maroc moderne.
L’urbanisme n’équivaut pas à l’habitat et le code qui s’y rapporte n’est pas
simple. Le code de l’urbanisme concerne tous les domaines : industrie,
commerce, services, habitat, en plus de la création d’espaces, de villes et
de villages. L’urbanisme est la plate-forme d’édification du processus du
développement durable, de lancement des grands projets du Maroc moderne. Il
est le soubassement du développement de notre pays au cours des vingt ou
trente prochaines années.
Une relecture du
Message Royal permettra de se rendre compte, encore une fois, de
l’importance et de l’ntérêt extrêmes que le Souverain accorde à la question
de l’urbanisme, eu égard, certes, aux problèmes existant dans ce domaine
mais, aussi, aux ambitions de Sa Majesté le Roi pour le Maroc de demain.
Nous ne parlons pas,
aujourd’hui, d’orientations, mais de lois par le biais desquelles nous
allons gérer, demain, ce domaine. L’agence urbaine, la commune et tous les
intervenants vont se conformer à ce référentiel. Le code de l’urbanisme est
parmi les rares lois qui s’intéressent à trois domaines : le passé, le
présent et l’avenir.
Le passé, à travers la
priorité donnée aux projets de restauration et de réhabilitation, le
présent, en particulier pour lever les dysfonctionnements et contradictions
enregistrées aujourd’hui, et l’avenir, dont on ne peut parler sans avoir
présent à l’esprit la mondialisation et la compétition des domaines et
espaces de celle-ci.
Nous avons tous œuvré
en vue d’intégrer toutes ces données et considération dans le code.
Il a été de même
imparti au code de réunir deux priorités : la nécessité de corriger et de
modifier les situations prévalant dans le secteur et au meilleur.
Réunis, ces trois
objectifs ne sont pas une tâche aisée. Il était, aussi, nécessaire de
traduire une élévation du niveau de la conscience collective dans le domaine
de la gestion de la démocratie locale. La gestion effective et quotidienne
du président d’une commune porte sur l’urbanisme et les projets de
développement, dont il fait état dans son bilan, et qui est construite sur
l’exercice de l’urbanisme. Nous nous trouvons dans le cœur battant de
l’exercice de la démocratie locale. Eu égard à la manière dont a été conduit
le chantier d’élaboration du code de l’urbanisme, celui-ci est à
l’avant-garde d’une nouvelle génération et constitue une nouvelle méthode de
mise au point des lois dans notre pays.
Nous disposons d’un
référentiel puissant : le Message Royal en l’occurrence, qui décrit avec
précision ce dont nous avons besoin pour les 20 ou 30 prochaines années. Le
Message Royal nous a « libéré sur le plan intellectuel » et sortis des
sentiers battus. Il s’agit, comme Sa Majesté le Roi l’a précisé, de mettre
au point une nouvelle approche de l’urbanisme et non pas actualiser ce qui a
existé par le passé. Sa Majesté le Roi en a appelé, aussi, à la
démocratisation et à l’élargissement du champ de la participation
collective.
6000 participants
identifiés et sélectionnés ont participé à ce chantier, comprenant les
intervenants dans le secteur, dans toutes les villes, de larges
consultations professionnelles, locales, régionales, nationales et
internationales. Des cadres des agences urbaines et des directions centrales
se sont rendus auprès de toutes les écoles de pensée, dédiées à l’urbanisme,
à travers le monde. Onze pays, disposant d’écoles se différenciant les unes
des autres, ont été visités pour s’enquérir et apprendre ce qui se conçoit
et sa pratique en matière d’urbanisme.
Il y eu, également,
des échanges de points de vue et d’analyses entre les régions en cours
d’élaboration du code.
Aujourd’hui, nous
soumettons le projet à débat, avant de le mettre dans le circuit de la
procédure constitutionnelle prévue pour les lois. Il sera ainsi présenté au
Secrétariat Général du Gouvernement dans une dizaine de jours.
Il existe,
aujourd’hui, une occasion de l’enrichir éventuellement par des propositions.
Le nouveau code de
l’urbanisme introduit plusieurs grandes nouveautés. En premier lieu, de
larges responsabilités pour les collectivités locales. Dans la détermination
des choix de développement local, les collectivités locales auront des
responsabilités renforcées, alors que celles-ci se trouvent aujourd’hui
diluées et opaques. Le premier objectif du code est la détermination des
responsabilités, dans le cadre des acquis et des progrès de la démocratie au
Maroc.
Le code impartit un
rôle précis à l’Etat dans le contrôle et l’encadrement et un rôle nouveau
aux documents d’urbanisme. Certains documents, aujourd’hui en vigueur, ont
été éliminés, car considérés comme dépassés, sans valeur et sans valeur
ajoutée. Le code a innové en introduisant de nouveaux documents d’urbanisme,
dont un revêt une importance stratégie et constitue le pivot du nouveau code
de l’urbanisme. Ce document de référence est unique et relève des
attributions des collectivités locales ; c’est le SDA (Schéma Directeur
d’Agglomération). C’est un document d’orientation des agglomérations
urbaines devant être financé - et c’est là une autre nouveauté.
Le code met en œuvre
le mécanisme d’actualisation et de révision du SDA pour donner aux majorités
qui se succèdent dans la gestion des affaires locales l’opportunité pour une
telle actualisation, eu égard aux différences dans les orientations
politiques et en vue de l’adaptation aux mutations que connaîtra le Maroc
sur le plan interne, régional et international.
Cet important document
stratégique sera l’outil et la référence du contrat Etat-région à laquelle
se rapportera un nouveau président de commune, dans la mise en place de
priorités. C’est une référence juridique pouvant être actualisée de manière
légale et consensuelle pour ce qui est de son contenu. Nous voulons,
également, instituer un urbanisme nouveau, fluide, souple, actualisable,
moderne et compétitif.
L’exercice auquel les
initiateurs du code étaient confrontés est la traduction de ces concepts en
réalité, pour sortir de manière paisible de l’urbanisme réglementaire qui
n’a pas donné de résultats. A preuve, les 600.000 ménages marocains qui
vivent, aujourd’hui, dans l’habitat anarchique, en plus d’un million de
Marocains qui vivent dans des barques.
Dans tous les pays du
monde, on est passé de l’urbanisme réglementaire à l’urbanisme incitatif et
consultatif. La question posée était de savoir, pour le Maroc, quel rythme
faut-il adopter pour un tel changement. La réponse unanime, venue de toutes
les régions du pays, est qu’il faut adopter une démarche et un rythme serein
et mesuré.
Il a été décidé
d’ouvrir des zones dédiées à l’urbanisme consultatif et de continuer
(ailleurs) dans l’urbanisme réglementaire avec les conditions de possibilité
d’actualisation, la nécessité de financement. S’agissant de l’équité
foncière, M. Héjira a estimé qu’il est grand temps de mettre fin à
l’urbanisme de rente. Les terrains auxquels s’étendent les périmètres
urbains bénéficient soudain d’une plus-value considérable alors que d’autres
sont expropriés. C’est là une iniquité flagrante et une logique dans
laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.
Nous souhaitons,
également, sortir de la logique d’exceptions dans l’urbanisme, qui est une
situation de morbidité. Nous disposons d’un loi et, en même temps, d’une
procédure pour transgresser celle-ci, qui est la circulaire. Cette procédure
a donné des résultats dans les situations de blocage. Une telle situation ne
peut pas perdurer à un moment où nous nous trouvons sur le point d’engager
de très grandes réformes au Maroc.
Sortir de la politique
des exceptions dans l’urbanisme se fera par l’instauration de la possibilité
d’actualisation et de révision rapides.
L’approbation des
documents d’urbanisme relève d’une situation anormale.
Celle-ci survient au
bout de plusieurs années, au cours desquels la base et la réalité
urbanistique sur lesquelles a été conçu le document se trouvent changées,
celui-ci s’en trouve dépassé. Un tel processus d’approbation des documents
d’urbanisme est inacceptable. Nous voulons aujourd’hui passer d’une moyenne
de 5-7 années à quelque 3 mois pour une telle approbation de ces documents.
L’approbation doit se
faire à l’échelon local et être restituée dans le cadre, de la
décentralisation et de la déconcentration. Elle relèvera de la compétence
des régions.
Nous voulons, par le
nouveau au code de l’urbanisme, sortir, également, de la logique de
documents d’urbanisme dont l’exécution est impossible. Le taux d’application
de ces documents est de l’ordre de 7 % aujourd’hui. Nous voulons rendre
possible, d’abord, l’exécution des services publics et des documents
d’urbanisme. Le code de l’urbanisme introduit, à cet effet, plusieurs
principes dans le cadre de la participation à l’urbanisation. Le code a
également instauré une nouvelle mesure, courageuse. Elle concerne
l’autorisation de lotir, pour les lotissements dont les promoteurs disposent
d’un cahier des charges. Cette autorisation sera délivrée par l’ingénieur-architecte
du secteur privé.
Le code donne, ainsi,
une grande valeur ajoutée aux agences urbaines dans le domaine des études et
de l’orientation du développement.
Deux rôles sont
impartis aux agences urbaines : l’encadrement du développement local au
moyen de l’urbanisme, et la transformation de celles-ci en bureaux d’études
publics, dépendant de l’Etat, et au service de l’exercice de la démocratie,
par le soutien aux collectivités locales et leur force de suggestion. Le
nouveau code de l’urbanisme sera transmis au Secrétariat Général du
Gouvernement et empruntera un très long processus avant de voir le jour. La
loi 0-44, qui sera adoptée prochainement par le Parlement, assumera, à
travers ses dispositions propres, la transition vers le nouveau contexte
juridique que le nouveau code de l’urbanisme viendra instaurer.