De la politique de la ville

18.05.2010

 

 

La conférence organisée lundi à Rabat par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération sur le thème de la «Politique de la Ville» a constitué une manière de test, une «heure de vérité» au cours de laquelle le ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de l'Aménagement de l'espace, Taoufiq Hejira a procédé à l'exercice du franc-parler. «En dépit, dit-il,  des avancées enregistrées en matière de renouvellement urbain des villes, il reste néanmoins à définir un mode de conceptualisation et de formulation d'une politique de la ville constituant le cadre par excellence de convergence intelligente des actions sectorielles initiées aussi bien par le secteur public que privé». La «conceptualisation et la formulation d'une politique de la Ville», gagneraient donc selon lui à être définies. Mieux : l'Etat à lui seul ne saurait assurer cette mission et le concours du secteur privé devient nécessaire pour en assurer le succès.

Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, Youssef Amrani, a estimé pour sa part «que la politique de la Ville doit s'insérer dans le cadre de la concrétisation du projet sociétal et de la mise en œuvre d'une approche globale intégrée et cohérente, et d'un véritable développement économique, social et urbain qui puisse garantir l'épanouissement du citoyen et répondre à ses besoins essentiels».

Le président du conseil de la ville de Rabat, Fathallah Oualalou, a indiqué « que le processus d'urbanisation accélérée ne cesse de prendre de l'ampleur avec le temps et la rupture des équilibres traditionnels est assurément à l'origine d'un vaste mouvement de restructuration spatiale, ajoutant  que la dynamique démographique est, certes, une donnée générale à l'ensemble du territoire mais les flux migratoires imposent une nouvelle approche de la gestion et de l'aménagement des villes ».

Voici donc trois interventions, inégales dans leur formulation mais convergentes sur un impératif : le bien-être du citoyen, l'amélioration de ses conditions de vie et la quête d'un environnement idoine. Derrière ces déclarations, il y a cependant l'exigence de constater que, dans le contexte actuel, il y a encore matière à dire et redire. L'optimisme de bon aloi cèderait-il le pas à un scepticisme méthodique. Peu s'en faudrait, si par ailleurs des efforts considérables n'étaient venus nous montrer et démontrer que la Ville, l'urbanisme et l'habitat constituent en effet l'une des grandes priorités des pouvoirs publics. On ne cédera donc ni à l'euphorie des grands jours ni en revanche au pessimisme de commande. La Ville au Maroc est devenue à force un enjeu considérable, social, économique, humain et même politique. La Ville est le reflet grossissant des choix communaux, des avancées et des reculs aussi.

Qu'elle devienne de plus en plus un thème d'actualité ne constitue pas une découverte mais s'inscrit bel et bien dans la vaste et rampante problématique de la croissance urbaine, des implications socio-économiques de celle-ci, de la démocratie et de la citoyenneté tout court. La Ville est d'abord un espace, et sa vocation initiale – lieu de regroupements des hommes et des femmes – s'est transformée au fil des ans et des siècles pour recouvrer le statut d'une cité, l'expression culturelle et civilisationnelle aussi. On estime que les deux tiers des hommes et des femmes dans ce monde vivent dans la ville. Au Maroc, la courbe a tendance à se confirmer, le profil territorial prend la forme d'une carte urbaine accentuée, marquée par la densité démographique, les flux continus de populations vers la Ville qui incarne l'espérance, voire la clémence.

Conséquence d'un exode rural forcé ? Si tant est que l'on puisse adhérer à l'explication prosaïque des économistes et des sociologues, on est en droit de se poser une question subsidiaire : la Ville, la cité urbaine devrait-elle être seulement l'espace qui assure l'emploi et le succès de projets ?  Il y a une autre exigence qui n'a jamais cessé de pointer son nez, à savoir le nécessaire nivellement social en matière de services et de prestations en faveur des citoyens, autrement dit au niveau des transports, des soins de santé, de la sécurité, de la scolarisation et tout simplement de lutte contre les inégalités économiques et sociales criardes. La politique de la Ville reflète en somme la vision et surtout les aspirations des populations. C'est le postulat qui s'impose, c'est aussi la vision que ne cesse de décliner Sa Majesté le Roi à travers les missions et les visites qu'il entreprend régulièrement dans les régions.