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« La crise a créé un nouveau marché ou les concurrences sont les villes, les PGD sont les maires, les clients les entreprises
et l'avantage concurrentiel la politique de communication ; »
L a citation ci-avant suscite une double question : Comment les maires et les présidents voient-ils leurs villes ? Et comment ces dernières doivent se créer une image attractive ?
E n effet, les acteurs qui font la ville se doivent, de résoudre simultanément les dysfonctionnements générés par le développement spectaculaire des villes, ainsi que la problématique de la promotion et la mise à niveau de celles-ci, notamment par leur positionnement dans l'espace national et international. Ce qui nécessite des recompositions souvent rapides et efficaces. Encore faudrait-il faire preuve de souplesse et d'imagination.
Car si la relation entre crise urbaine et nouveaux outils est clairement établie, il reste moins évident que le diagnostic de cette crise reste non encore atteint, ceci renvoie à la pertinence et l'efficacité de ces nouveaux outils. Peuvent-ils être la meilleure réponse à une crise qui n'est généralement que partiellement diagnostiquée ?
L a ville, à la fois sujet et objet est complexe, au vu des spécificités locales, des particularismes culturels, des évolutions et des ruptures historiques qui sont à l'origine de la variété, dans le temps et dans l'espace, des villes et des mutations urbaines qu'elles subissent continuellement.
D ans ce sens
, les acteurs doivent donc s'approprier l'image qu'ils ont confectionné pour leur ville, car elle est censée être née d'une volonté politique et d'un acte démocratique.
Cette image permettrait, en conséquence de doter la ville d'une identité collective qui projetterait son unité et sa centralité en chacun des lieux qui la manifestent.
L e but n'étant pas seulement de présenter des projets d'embellissement, mais de permettre à la ville d'être concurrente et compétitive d'une part, et de transcender l'inégalité dans la répartition de la qualité urbaine et par conséquent l'exclusion et la marginalisation.
A ussi, est-il important que la politique de l'unité de la ville puisse permettre à la ville et à la société d'évoluer à la même vitesse pour ne pas détourner le projet social car la ville ne doit pas fonctionner comme un frein pour la promotion sociale et pour le développement de la citoyenneté.
N'est-il pas temps pour laisser opérer de nouveaux rapports entre puissance publique, acteurs privés et société civile, permettant de reconsidérer les enjeux politiques et sociaux de l'action urbaine et de stimuler l'imagination des acteurs locaux quant à leur façon de voir et de penser leur champ d'action?
Le projet Urbain : incarnation et consolidation de l'unité de la ville
« Pour qu'un avion vole, il faut penser et assembler des logiques hétérogènes, des moteurs, des voitures, le confort des passagers, etc. Si les avions étaient produits dans la même logique sectorielle cloisonnée que les villes, ils ne voleraient sûrement pas »
A menée à s'inscrire dans un système national complexe, la ville constitue une préoccupation contemporaine majeure, sa reprise en main et l'amélioration du cadre de la vie urbaine ne constituent plus désormais un luxe, mais plutôt un impératif incontournable face aux décideurs et aux citoyens. Objectifs qui ne peuvent être atteints que dans le cadre d'une implication collective de tous les acteurs qui font la ville.
A insi, en vue de recentrer les efforts autour des espaces urbains, l'unité de la ville, en tant que remise en question du découpage communal qui a longtemps prévalu, se dresse en faveur de la coopération intercommunale et de l'instauration de nouveaux modes d'action sur la ville.
D 'un autre côté, s'il existe un domaine qui pourrait tirer profit de l'unité de la ville, il serait sans équivoque, le secteur de l'urbanisme, encore faudrait –il en faire un cadre de prédilection pour faire valoir de nouvelles pratiques urbaines efficaces et capables de rendre féconde l'imagination des acteurs locaux.
D ans cette optique, l'adoption de nouveaux outils qui s'adaptent à la nouvelle volonté d'assurer une vision globale pour la ville et dépasser les politiques sectorielles et les approches morcelées par entité administrative, s'impose comme alternative incontournable pour requalifier nos villes.
De par sa démarche, sa souplesse et son adaptabilité aux différents contextes, le Projet Urbain s'apprête comme outil efficace entre les mains des élus afin de reconquérir la ville en vue de rehausser son image et de réconcilier les citoyens avec leurs espaces ainsi qu'avec le système de leur représentation politique et sociale.
Nouvellement, introduit au Maroc, cet outil suscite de nombreux questionnements à son sujet et par conséquent l'ouverture de multiples débats et réflexions à son égard :
» Quelle définition peut-on attribuer à la notion de Projet Urbain ? Qu'est ce la différencier d'un simple projet urbanistique ou architectural ?
» Quel pourrait être son impact simultané sur les tissus urbain et social ?
» Dans quel cadre cette démarche peut-elle œuvrer ?
» Qu'en est-il de la capacité du contexte marocain( potentialités et limites) à s'adapter aux logiques qui se construisent autour de cette démarche ?
» Quel rôle de l'unité de la ville pour la réussite de cette pratique ?
1/ ENTRE LE PROJET URBAIN ET LE PROJET URBANISTIQUE : APPROCHE, ACTEURS ET PROCESSUS :
S 'il est courant de confondre Projet Urbain et projet urbanistique ou réalisation urbaine, il n'est pas aisé d'arrêter une définition figée de cette notion. Ceci ne témoigne pas de l'ambiguïté de la notion mais plutôt de sa richesse théorique et sa charge symbolique suscitant ainsi plus de débats autour d'elle. Cette ambiguïté est d'autant plus accentuée à cause de la double dénomination « projet » et « urbain ».
T outefois, si aucune définition ne peut être arrêtée, il est communément admis que cette notion
prône une prise de position par rapport à l'urbanisme réglementaire et techniciste
. Ainsi, de par ses objectifs, ses acteurs et son processus, le Projet Urbain en tant que nouvelle pratique urbaine se distingue de toute simple réalisation urbaine ou projet architectural par sa démarche et ses fondements.
Le Projet Urbain est une
vision et conception plutôt que prévision ou simple réalisation urbaine ce qui le distingue de la planification urbaine et de l'urbanisme opérationnel dont les réalisations sont souvent identifiées comme Projets Urbains. Car malgré l'efficacité de l'urbanisme opérationnel, il reste incomplet au niveau de sa démarche, s'intéressant peu aux aspects sociaux et se référant rarement à l'identité des lieux…. Il agit généralement sans vision globale intégrant tous les enjeux de l'espace aménagé, comme il constitue souvent comme une réponse urgente à des situations de crise. Le
Projet Urbain est un label que toute action urbaine ne peut recevoir systématiquement.
La notion du Projet Urbain quant à elle pêche une vision globale de la ville en phase avec la richesse et la complexité de celle-ci, l'objectif étant d'agir sur un espace donné tout en réglant les dysfonctionnements sociaux, urbains et économiques dans le cadre d'une durabilité du développement.
A/ Les Fondements du Projet Urbain:
Le Projet Urbain peut concerner différentes échelles allant du projet urbain ponctuel de proximité( quartier) jusqu'au Projet Urbain communautaire global (agglomération) en passant par le Projet Urbain local (secteur) .
Toutefois, l'intérêt d'un Projet Urbain ne se mesure nullement par sa taille mais par l'impact qu'il génère quant à l'amélioration du cadre de la vie urbaine et la relance économique qu'il peut insuffler.
Lors de sa construction la démarche du Projet Urbain s'appuie sur des fondements particuliers dont principalement, les dimensions politique, sociale, économique et culturelle.
La dimension politique
: le Projet Urbain est amené à s'inscrire dans une politique de la ville claire en permettant de mettre en œuvre et de véhiculer ses principes, cette dimension renvoie à la nécessité de l'existence d'une entité politique volontariste et pragmatique qui porte le projet et anime ses cycles de vie.
La dimension sociale
: le projet doit sa raison d'être en premier lieu à l'acuité de la question sociale, ainsi les valeurs véhiculées par cette notion quant à la solidarité, la réinsertion économique, la mixité urbaine, et la mise à niveau des territoires permettent de pallier les problèmes sociaux et de concilier le citoyen avec son espace urbain. L'objectif étant de cultiver chez tout un chacun un réel sentiment d'appartenance à la ville et de citoyenneté qui permettra de structurer le tissu urbain et assurer le lien social.
La dimension économique
: faisant référence à la compétitivité acharnée entre les villes contemporaines et aux valeurs du marché, le Projet Urbain, par l'amélioration de l'image de la ville et la mise en exergue de ses potentialités ( infrastructure, communication…) à drainer plus de visiteurs, d'investisseurs… en vue de l'épanouissement de l'économie locale.
La dimension culturelle :
le Projet Urbain interpelle la culture des lieux de créer une identité collective et partagée par tous
et permettre de tout un chacun à s'identifier et se repérer dans la totalité de la ville.
B/ Le processus de la démarche Projet Urbain:
N e réduisant pas la question de la ville au seul problème de réaménagement, le Projet Urbain essaye de mettre en réseaux de multiples acteurs et de se baser sur des montages technico-financiers spécifiques, tout en liant les fondements sus-cités.
D ans ce sens, la démarche du Projet Urbain rompt avec la fonction techniciste unique pour laisser œuvrer une pluridisciplinarité constructive, tout en s'appuyant sur de nouvelles fonctions (stratégique, management, urbanistique, communication, évaluation..)
T outefois l'originalité de cette notion consiste en l'implication d'un acteur souvent marginalisé dans les actions concernant l'acte urbain, il s'agit en l'occurrence du citoyen dont l'implication aux Projets Urbains est incontournable via des mécanismes bien déterminés, l'objectif étant :
» Eviter l'exclusion et la disqualification sociale des populations résidentes ;
» Faire de la concertation une finalité et un moyen pour définir les projets en adéquation avec les choix des populations ;
» Insuffler un mouvement de modernisation des administrations pour mieux les adapter aux situations rencontrées en changeant les logiques de fonctionnement interne, leurs modes de régulation et les rapports avec la société civile ;
» Mettre en jeu dans la définition des modalités d'action et selon les choix nationaux, des éléments d'ordre éthique comme la référence aux valeurs, à la citoyenneté et au développement de nouvelles solidarités sociales ;
» Retisser des liens sociaux pour montrer à une opinion inquiète que la puissance publique prend les choses en main pour régler les problèmes ;
» Reposer la concertation sur le principe de responsabilisation des individus susceptible d'assurer sur le long terme le développement durable du tissu social en donnant un sens démocratique au projet ;
L' originalité
de la notion du Projet Urbain ne se limite pas à son ouverture sur de multiples acteurs et disciplines, mais également à la pertinence des nouvelles techniques qu'elle adopte, notamment,
la communication, l'évaluation et le management du Projet.
L'objectif étant de sensibiliser les citoyens et les partenaires aux objectifs du projet d'une part, et d'autre part, de laisser une large place au débat à partir d'une prise en considération des idées initiales et d'une intense mobilisation des partenaires pour produire le projet. Idées doivent être, le long du processus, discutées et amendées car l'évaluation doit faire partie de l'éthique de la démarche.
F inalement, le Projet Urbain est un ensemble de dispositifs des designs institutionnels qui sont le produit des interactions entre un projet et une société locale pour concilier des intérêts antagonistes ou dégager ceux consensuels.
2- LE PROJET URBAIN ET LA POLITIQUE DE LA VILLE : DESEGMENTATION DES POLITIQUES :
I mprégné par les idées de l'urbanisme fonctionnaliste, l'aménagement des villes s'est toujours basé sur une répartition par fonction. Cette répartition a donné lieu à des villes sous forme d'entités spatiales juxtaposées.
C e processus de zonage a entraîné une perte du sens de la globalité urbaine qui se traduit par l'inégalité d'accès aux équipements, l'existence de pratiques différentielles et de disparités d'aménagement, selon les quartiers.
La ville finit par perdre son attrait aux yeux des citoyens, qui éprouvent par conséquent des difficultés à se situer et à se repérer dans la totalité de la ville, ce qui creuse l'écart entre l'habitant et son espace urbain.
P ar ailleurs, et face aux problèmes secrétées par la ville, les réponses se font selon des approches sectorielles (transport, logement, emploi, éducation…) en dehors de toute politique urbaine cohérente et en l'absence d 'une vision globale.
L a politique de la ville, (
si politique il y a) , a toujours été une sommation horizontale des différentes politiques sectorielles, souvent l'une est préférentielle selon la conjoncture.
D ans cette optique, le Projet Urbain se dresse comme une démarche qui traite simultanément et avec la même force, l'aspect, économique, social, paysager…etc. Il constituerait ainsi un moyen pour la revitalisation de l'économie de la ville, l'accès à l'emploi, l'amélioration des services publics et ce, dans le cadre d'une réelle politique de la ville qui définit les objectifs et arrête les priorités.
3- LE PROJET URBAIN ET
L'UNITE DE LA VILLE : OPTIMISER LES POTENTIALITES ET RECENTRER LES EFFORTS
L es politiques urbaines ont toujours privilégié les
entités administratives au détriment de l'unité urbaine
, ce qui a donné naissance à des villes dans la ville . Les entités d'une même ville n'ont de point commun que l'appartenance juridique à un même périmètre urbain. S'ajoute à cela la multiplicité des intervenants et la diversité des centres de décision.
D ans ce contexte, les intérêts stratégiques de la ville se trouvent occultés. Convenablement instrumentalisé, le Projet Urbain, permet de
transcender les découpages administratifs.
I l exige la cohérence des actions et la mise en réseau et la valorisation des potentialités et des compétences locales, l'objectif étant d'optimiser et de recentrer les efforts autour des intérêts généraux de la ville.
P arler de la politique de la ville signifie une certaine
visibilité et la connaissance des objectifs à atteindre et par conséquent la mobilisation de tous les moyens et la prise des mesures institutionnelles et organisationnelles garantissant la mise en œuvre de cette politique, laquelle devrait recueillir l'adhésion de tous les acteurs et être conduite avec un certain
pragmatisme et volontarisme .
A ujourd'hui nul ne peut contester le décalage existant entre les logiques du management local actuel et les exigences d'une politique de la ville laquelle, ne peut être engagée sans une réelle réflexion sur les outils juridiques, organisationnels et financiers actuellement en vigueur.
4- LE PROJET URBAIN ET LA DEMOCRATIE LOCALE : UN PAS VERS LA DEMOCRATIE PARTICIPATIVE
L ors de la dernière compagne électorale, on assiste pour la première fois, à l'introduction de la notion « projet de ville » dans le programme de certains prétendants à l'élection. C'est dire que notre modèle de représentation social et politique, qui a toujours soulevé plusieurs interrogations à son égard, commence à s'intéresser à la globalité de la question de la ville et cadre de la vie urbaine
E n fait le Projet Urbain ne permet pas uniquement de réconcilier le citoyen avec son espace mais également avec son système de représentation social et politique.
Ses désirs et envies sont questionnés et il participe étroitement à
la conception de l'espace, il s'agit d'une réelle concertation qui dépasse celle stipulée par la loi ( enquête publique, comités techniques…) , concertations qui n'ont finalement de rôle que de légitimer des décisions prises du haut vers le bas.
E n s'ouvrant sur son environnement, le Projet Urbain inaugure le passage d'une
démocratie représentative ( élus qui représentent les citoyens dans les comités..) à
une démocratie participative où les élus font appel à tous les outils et moyens pour écouter les citoyens et les impliquer directement dans le destin de la ville et ce, dans le cadre du droit de tout un chacun à la ville,
« la démocratie urbaine redonne son authenticité à toute démocratie »
S i la ville paraît aujourd'hui échapper aux citoyens qui n'arrivent pas à s'y identifier et aux décideurs locaux qui trouvent des difficultés à la contrôler c'est entre autres, à cause de l'absence du sentiment d'appartenance à la ville chez les citoyens. La ville n'est pas perçue comme patrimoine collectif partagé.
L 'absence de débats quant au devenir de la ville démontre que celle-ci ne suscite pas encore l'intérêt chez les acteurs chargés de l'urbanisme et les citoyens peut-on parler d'une généralisation de l'acculture de la ville ?
S i le Projet Urbain est un choix parmi d'autres pour agir sur la ville, il faut désormais l'accompagner de nombreuses réformes institutionnelles et organisationnelles. Toutefois faudrait-il encore être convaincu de son efficacité, sa souplesse et sa capacité à s'adapter aux différents contextes, sans pour autant passer d'un excès (paradigme plan) à un autre (morceler la ville).
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« Villes en projets », Actes du colloque de 1995, sous la direction de Jean-Paul charrié, centre d'Etudes des espaces Urbains -CESURB- Editions de la maison du sciences de l'Homme d'Aquitaine, 1996.
- Christian Devillers, le Projet Urbain , éditions du pavillion de l'arsenal, Paris 1994.
- Alain Ayot, en finir avec le fonctionnalisme : les sciences sociales et la ville
, P22 in le Projet Urbain, enjeu, expérimentatrice et professions , actes du colloque. Les sciences humaines et sociale face au Projet Urbain organisé par l'INAMA et SHS-TEST, à Marseille, les 31 Janvier et 1 er Février 1997, sous la direction de Alain Ayot et André Sourage, ettitions de la villette, Paris 2000
- Muriel Rosemberg, le marketing urbain en question : production d'espace et de discours dans quatre projets de villes
, collection villes, Anthropos-Economia, Paris, 2000, p :49
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